17 novembre 2011 - Relever les défis du changement climatique en s’engageant résolument à réduire les émissions de gaz à effet de serre : le Maroc a un rêve que partage le reste du monde, comme en témoignent les conférences mondiales sur l’environnement organisées à Copenhague et à Cancun.
Mais le Maroc est passé à l’action pour concrétiser ce rêve.
Avant la Conférence de Copenhague (COP 15) en 2009, les autorités marocaines ont présenté un Plan national de lutte contre le réchauffement climatique. Ce plan énonce les grandes lignes d’une vaste campagne destinée à s’attaquer aux sources des émissions de gaz à effet de serre (GES) du pays, et définit une trajectoire pour parvenir au développement durable.
Le roi Mohammed IV a ensuite lancé le Plan solaire national (9 milliards de dollars), qui vise à mettre en service cinq centrales solaires d’ici 2020, représentant une capacité totale de 2 000 mégawatts (MW).
La première centrale est en construction sur le plateau de Ouarzazate, dans le sud de l’Atlas. Ce site recourra à la technologie CSP (énergie solaire concentrée) et sera l’un des plus grandes installations de ce type au monde : 500 MW, avec une capacité initiale de 160 MW disponible dès 2014.
En lançant la première phase de son Plan solaire, financé par un prêt de 200 millions de dollars de la Banque mondiale et par 97 millions de dollars provenant du Fonds pour les technologies propres (FTP), le Maroc s’engage fermement sur la voie d’un avenir énergétique propre. Il deviendra une référence et un exemple pour la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) et pour le monde entier.
La sécurité énergétique et un environnement plus propre
La transformation promet d’être véritablement impressionnante.
Actuellement, le Maroc importe 97 % de l’énergie dont il a besoin. Le réseau d’électricité national s’appuie sur des centrales au charbon et au pétrole, qui émettent énormément de GES, notamment de l’oxyde d’azote (NOx) et du dioxyde de soufre (SO2), deux gaz nuisibles à la santé et à l’environnement, avec le dioxyde de carbone (CO2).
La forte croissance du PIB réel du Maroc va faire augmenter la demande d’énergie et, donc, les émissions de GES, qui, dans ce pays, sont déjà supérieures à la moyenne mondiale.
Non seulement l’investissement dans la technologie CSP assurera la sécurité énergétique en remplaçant les importations par une source d’électricité locale fiable, mais il répondra aussi à un autre objectif majeur, à savoir l’adoption de mesures correctives significatives destinées à limiter le plus possible le changement climatique.
La stratégie nationale de lutte contre le réchauffement planétaire prévoit que l’énergie renouvelable représentera 42 % des capacités de production d’électricité en 2020. La technologie CSP formera la pierre angulaire de cet effort, et sera cruciale pour la réalisation d’un objectif supplémentaire : réduire la consommation de pétrole de 40 % d’ici 2030. Selon les calculs, la première tranche de la centrale de Ouarzazate évitera le rejet de 240 000 tonnes d’équivalent CO2 par an dans l’atmosphère, et l’ensemble du site abaissera les émissions annuelles de 3 millions de tonnes.
L’apprentissage par l’action
Ce n’est pas le premier projet du Maroc dans la filière solaire.
À Ain Beni Mathar, dans l’est du pays, une centrale CSP fournit déjà de l’électricité au réseau national. Le savoir et l’expérience acquis lors de sa construction seront mis à profit à Ouarzazate. Les enseignements tirés de l’achèvement de la première centrale seront utiles à la réalisation des quatre suivantes.
Le fort ensoleillement du Maroc, sa faible hygrométrie et ses nombreuses terres inexploitées près de réseaux routiers et de lignes électriques en font le pays idéal pour le développement de la technologie CSP.
Par sa seule ampleur, ce projet solaire comprimera les coûts via des économies d’échelle et, à mesure qu’il avancera, l’acquisition et le renforcement cumulés des compétences, ressources et connaissances essentielles feront du Maroc un leader industriel dans cette nouvelle branche que constitue l’énergie renouvelable.
Les fabricants locaux vont être incités à développer les capacités requises par le projet, qui promeut par ailleurs un modèle de partenariat public-privé inédit. L’effet stimulant découlant ainsi de l’investissement nécessaire rendra le projet très bénéfique à la fois sur le plan de l’économie que sur celui de l’environnement.
La mise en service du site de Ouarzazate constituera un jalon dans la transition du Maroc vers le statut d’exportateur d’énergie. Elle témoignera aussi d’une progression significative sur la chaîne de valeur ajoutée : le Maroc deviendra une source de produits manufacturés et de savoir-faire pour une région désireuse de lui emboîter le pas sur une trajectoire future plus soucieuse de l’environnement.
Un rêve qui devient réalité
Si le solaire n’est peut-être pas une nouveauté au Maroc, Ouarzazate est la première centrale solaire lancée dans le cadre du programme de la Banque mondiale pour le développement de la CSP dans les pays de la région MENA. Cette initiative phare de développement sobre en carbone financera de manière peu coûteuse le Plan solaire marocain, mais aussi huit autres centrales solaires et deux projets de transport d’énergie en Algérie, Égypte, Jordanie et Tunisie.
Le FTP a contribué à hauteur de 750 millions de dollars, et œuvre avec la Banque mondiale pour faire de la technologie CSP une réalité dans la région MENA.
Tous les regards sont tournés vers le Maroc, premier pays à franchir le pas. Il démontrera ce qu’un investissement à grande échelle peut permettre d’accomplir. L’enjeu est mondial, car la réussite de ce projet prouvera qu’il est possible d’atténuer les effets du changement en remplaçant progressivement les combustibles fossiles par de l’énergie renouvelable.
"On peut comparer le projet de Ouarzazate au premier puits qui a commencé à produire du pétrole en Arabie saoudite dans les années 1930, première étape ayant fait accéder le monde à une ressource régionale extrêmement abondante, affirme Jonathan Walters, directeur des stratégies et programmes pour la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord à la Banque mondiale. Le potentiel solaire de la région MENA est d’ampleur véritablement mondiale, et, avec le site de Ouarzazate, le Maroc exerce un leadership historique.".